cannibales

accompagné de l'oeuvre d'Iris Garagnoux

post punk poetry
2 min ⋅ 15/05/2023

Dans les archives du MoMA à New York 

j’ai vu une performance de Santiago Sierra

où un homme paye 4 prostituées

le prix d’une dose d’héroïne 

en échange de leur tatouer 

dans le dos une ligne 

et j’ai pensé : 

Qui a le pouvoir d’écrire la peau des autres ? 

Qui a le pouvoir de la lire ? 

Alors quand on me demande

‘pourquoi tant de tatouages ?’ 

Je dis, pas tout à fait ainsi : 

Après avoir été regardée et racontée pendant des milliers d’années 

par d’autres que moi

après avoir été lue et fantasmée

après que cette peau de femme fut cachée et couverte de coups

et de trop peu de caresses réciproques

et parlée en silence et mangé par dessus

et puisque je porte cette peau de femme que je n’ai pas choisie

et que je la déteste et que je l’aime,

je préfère écrire mes propres histoires sur mon livre de peau.

Et à ceux qui pensent

que c’est du narcissisme d’écrire sur soi

sur son corps

sur ses mains

en fait c’est l’opposé.

En fait j’en rien à foutre de moi

c’est pour ça que je m’utilise comme support.

En fait, si j’écris sur ma peau c’est que je n’ai que ça

c’est que la rareté du matériel accessible aux femmes

a été telle que nous sommes devenues cannibales.

Car si j’écris sur ma peau

c’est parce que je n’ai que ça

qui ne soit pas à quelqu’un d’autre.

Et si je la déteste, cette peau

c’est qu’elle implique d'être vue

c’est qu’elle m’oblige à être unie

et cohérente

et que tous les jours je dois marcher dans cette enveloppe d’une seule pièce

quand j’aimerais être mosaïque

cassée

éclatée

éparpillée.

Tout sauf une.

Tout sauf humaine.

Et si je mords la tienne

c’est que je me délecte des barrières douces

que j’obsède de ce qui existe juste avant le sang

que je suis folle de peau fraiche

du fait qu’elle couvre et dévoile

qu’elle contient et déchire

qu’elle protège et vieillit

qu’elle cicatrise et s’enflamme

qu’elle sépare et lie

qu’elle écrit et fait lire

qu’elle est ce qui fait sens

en silence

du chaos.


Amnion6 - Iris Garagnoux, 2021Amnion6 - Iris Garagnoux, 2021

Iris Garagnoux s’intéresse à la plasticité du corps humain, tiraillé entre un désir de reconnection avec la nature et d’évolution avec les nouvelles technologies. En explorant le concept Un corps sans Organes, Garagnoux cherche à rendre visible une intériorité organique, une vulnérabilité transparente, un état d’entre-deux. 

En Juin 2023, sa nouvelle série picturale inspirée de la transe cognitive auto induite, sera exposée à la H Galerie à Paris. 

Iris Garagnoux est diplômée d’un Master Fine Art de Chelsea College of Arts (UAL) à Londres et d’un DNA de l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse (ISDAT). Elle vit et travaille à Londres.

@bonyfragile

post punk poetry

Par ornella pacchioni

Ornella aka @bonyfragile (1996) est une autrice et réalisatrice française. Son travail consiste à traduire la poésie du monde contemporain en histoires, en se concentrant particulièrement sur les thèmes explorant l'entre-deux, l'identité fragmentée et la jeunesse des années 2020. Après avoir étudié les Beaux-Arts à la Saint Martins School de Londres, Ornella est retournée à Paris pour établir sa carrière d'écrivain et est maintenant basée à Copenhague où elle a co-créé @pamp3000, un studio anti-disciplinaire en collaboration avec des artistes internationaux. Mange Tes Yeux, le premier court-métrage d'Ornella est sorti en 2018. et Bleue, son deuxième court métrage, est actuellement en tournée dans les festivals internationaux. Les deux films naviguent entre réalité et fantaisie. Son premier roman Londres A Beau Etre Une Ville Laide a été publié en 2022 par JC Lattès, Paris.