accompagné de l'oeuvre d'Iris Garagnoux
Dans les archives du MoMA à New York
j’ai vu une performance de Santiago Sierra
où un homme paye 4 prostituées
le prix d’une dose d’héroïne
en échange de leur tatouer
dans le dos une ligne
et j’ai pensé :
Qui a le pouvoir d’écrire la peau des autres ?
Qui a le pouvoir de la lire ?
Alors quand on me demande
‘pourquoi tant de tatouages ?’
Je dis, pas tout à fait ainsi :
Après avoir été regardée et racontée pendant des milliers d’années
par d’autres que moi
après avoir été lue et fantasmée
après que cette peau de femme fut cachée et couverte de coups
et de trop peu de caresses réciproques
et parlée en silence et mangé par dessus
et puisque je porte cette peau de femme que je n’ai pas choisie
et que je la déteste et que je l’aime,
je préfère écrire mes propres histoires sur mon livre de peau.
Et à ceux qui pensent
que c’est du narcissisme d’écrire sur soi
sur son corps
sur ses mains
en fait c’est l’opposé.
En fait j’en rien à foutre de moi
c’est pour ça que je m’utilise comme support.
En fait, si j’écris sur ma peau c’est que je n’ai que ça
c’est que la rareté du matériel accessible aux femmes
a été telle que nous sommes devenues cannibales.
Car si j’écris sur ma peau
c’est parce que je n’ai que ça
qui ne soit pas à quelqu’un d’autre.
Et si je la déteste, cette peau
c’est qu’elle implique d'être vue
c’est qu’elle m’oblige à être unie
et cohérente
et que tous les jours je dois marcher dans cette enveloppe d’une seule pièce
quand j’aimerais être mosaïque
cassée
éclatée
éparpillée.
Tout sauf une.
Tout sauf humaine.
Et si je mords la tienne
c’est que je me délecte des barrières douces
que j’obsède de ce qui existe juste avant le sang
que je suis folle de peau fraiche
du fait qu’elle couvre et dévoile
qu’elle contient et déchire
qu’elle protège et vieillit
qu’elle cicatrise et s’enflamme
qu’elle sépare et lie
qu’elle écrit et fait lire
qu’elle est ce qui fait sens
en silence
du chaos.
Amnion6 - Iris Garagnoux, 2021
Iris Garagnoux s’intéresse à la plasticité du corps humain, tiraillé entre un désir de reconnection avec la nature et d’évolution avec les nouvelles technologies. En explorant le concept Un corps sans Organes, Garagnoux cherche à rendre visible une intériorité organique, une vulnérabilité transparente, un état d’entre-deux.
En Juin 2023, sa nouvelle série picturale inspirée de la transe cognitive auto induite, sera exposée à la H Galerie à Paris.
Iris Garagnoux est diplômée d’un Master Fine Art de Chelsea College of Arts (UAL) à Londres et d’un DNA de l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse (ISDAT). Elle vit et travaille à Londres.